"Elle ne vit que d'amour. Elle a besoin de lui. Plus que quiconque. Elle rit, écrit par lui. Respire son parfum à pleins poumons. Pour en sourire. Il n'existe pas vraiment; elle se pique d'embullées illusions.
Au petit jour, elle entend taper sur le carreau. Dame Désillusion veut entrer. Elle, met le drap en bandeau sur ses yeux. Feint de l'ignorer, en tremblant. Scelle ses pupilles.
Cette soirée est londonienne. Automnale et effrontément glaciale.
Elle tombe. Ses paumes appuient sur la vitre embuée. Ses genoux plient. Cèdent.
Elle a compris quelle solitude est la notre en vérité. Que les espérances sont cécité. L'attente condamnation. L'optimisme vanité. Elle défie la vérité du regard. Mais ses épaules frôlent le parquet.
Elle dit elle parce que je ne vaut rien. Pas un foutu clou.
Et pas de piqûre ce soir. Elle comprend, peu à peu. Qu'aucune fleur n'embaumera assez pour faire taire les maux. Elle a noué son baluchon. Elle regarde autour d'elle. Ses yeux caressent chaque détail de ce qu'elle s'apprête à laisser. Elle pétille devant chaque photo. Puis bat des cils pour chasser les paillettes, elles aussi tellement absurdes.
Il est temps. Il faut partir. Tourner la pagé cornée. Cornée comme toutes les précédentes. Celle-ci sera l'ultime récit. Le baluchon lui fait signe. A l'intérieur, 2894 rêves grippés, un polaroid et un carnet.
Dans la poubelle, 69754 seringues, ses robes à fleurs. Et du simple papier; ou bien tous les bobards littéraires de ces aliénés.
Le seuil de la porte grince. Les orchidées sur la table se tiennent au garde à vous. Il est maintenant 22h22. Mais ce soir, pas de voeu enfantin."